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Les récits de Anouche Mouradyan

Les récits de Anouche Mouradyan

infoLa Page De Anouche Mouradyan


“La vue” (C’est Erévan, je suis dans ma maison)

C’est notre cour, c’est bien n’est pas? Ce n’est pas important que les balançoires sont rouillés, on ne voit même plus la couleur. Il ne reste que le fer. Mais j’aime bien notre cour. J’aime les arbres vieux et pourris et les arbres fruitiers qui ne donnent pas de fruit. Les autres arbres ne germent pas au printemps. Quand c’est la saison de cueillir les fruits du mûrier, tous les enfants viennent et étendent une couverture pour que les mûres tombent dedans. Elles tombent non seulement sur la couverture, mais aussi sur nous et par terre. Celles qui tombent au sol deviennent de la bouillie et les grands nous grondent. Quant à nous, nous nous sentons bien parce que nous mangeons avec plaisir. Nous étions très contents parce que nous nous étions tous rencontrés. Les grands de notre cour ne sont pas si sociables. Il n’y a que les grand-pères qui se réunissent et qui jouent ensemble au trictrac. Quand on veut manger une omelette et qu’il n’y a pas d’œuf à la maison, on ne peut pas demander au voisin parce que c’est honteux. Notre cour est pleine d’hommes étranges et intéressants. L’homme qui est debout près de la poubelle cherche des morceaux de fer-blanc pour les vendre et gagner de l’argent. Sinon, il répare toutes les voitures de notre cour. L’homme qui a mis un vieux costume noir habite dans notre entrée. Il nous salue toujours avec politesse, et c’est impossible de le saluer le premier. Est-ce que vous entendez le bruit de l’eau qui coule. C’est notre voisin qui lave sa voiture. Il est très sévère et seulement lui peut remettre les enfants à leur place. Gérassim est un grand-père qui est adoré de tout le monde.


16 ans


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“Le code de la route, pour ceux qui veulent traverser les rues de Yérévan” (C’est Erévan, je suis dans ma maison)

Quand j’étais au jardin d’enfants, nous apprenions le code de la route. Je voulais grandir pour traverser les rues moi-même. La rue m’attirait beaucoup. Mais quand j’ai grandi, j’ai compris que ce n’était pas si facile de se debrouiller dans la rue. Parfois, les chauffeurs ne font pas attention aux feux. Alors il faut faire attention aux chauffeurs en traversant les rues. La plupart des chauffeurs ne respectent pas les règles. ll y a beaucoup de chances de se faire renverser.


16 ans


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sans titre (Qu'est-ce que me touche dans le monde)

Il arrive souvent que je rencontre des hommes étranges et que je doive faire connaissances avec eux. Je m’avance en disant les mots de la célèbre chanson enfantine : « L’amitié est issue du rire ». Et je souris souvent. Vous n’imaginez pas la joie que c’est quand on répond à mon sourire par un autre sourire. C’est très agréable de voir la chaleur qui est émane des sourires. Mais quand on méprise ce sourire, que dire du plaisir et de la chaleur. Est-il est difficile de sourire, même par les yeux. Je fais un appelle au sourire, même par les yeux.


15 ans


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“Comme le monde est injuste” (Qu'est-ce que me touche dans le monde)

Je pense que le monde est injuste. Il me rappelle une grand-mère assise près de la chaumière, frappant des mains et des pieds. En effet, je déteste l’injustice. Quand je vois que ma mère aime plus ma sœur que moi, je me sens mal. Je pense qu’il y a beaucoup d’injustices dans le monde. A ces moments-là, j’ai des crises qui durent longtemps. Elles s’accompagnent de pleurs. A la fin, je pense que tout est la faute de l’âge ingrat, et que tout ça va passer.


15 ans


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sans titre (Un peu de moi)

J’ai de la volonté, cela fait déjà 15 ans que je suis malheureuse, faible. Cela me rend triste. Je pleure depuis l’enfance. Je dois dire que j’aime pleurer, parce que c’est l’unique moyen de me décharger de mes peines. Toutes les petites choses me font pleurer. Mais, j’essaie de ne haϊr personne, parce que c’est une mauvaise chose. La dévotion, c’est ma grande faute. Souvent je suis deçue des autres. Ça ne signifie pas que je n’aime personne. Tout simplement j’ai appris à aimer les gens avec leurs defauts. Je deteste le soleil. Je n’aime que le soleil quand je suis au bord de la mer et j’admire le coucher du soleil. Si j’étais la déesse du temps, je ne ferai que l’automne et le mauvais temps. Quand j’étais petite j’aimais rester seule mais maintenant j’ai peur. Vous pouvez rire si vous pensez que c’est enfantin d’avoir peur des voleurs, mais qui a dit que j’étais âgée. Je suis grande : j’ai 15 ans, mais j’ai 10 ans dans ma tête. Parfois je pense qu’on m’a forcé à grandir. Je n’ai jamais voulu grandir, parce que je n’aime pas les difficultés. Je suis paresseuse et un jour je serai trop paresseuse pour vivre. J’ai hérité de la grossièreté de mon père. Quand je suis énervée, il faut me laisser tranquille sinon je suis grossière. J’ai de la chance d’avoir des amis à mes côtés. Ils m’aiment beaucoup. Je n’ai qu’un rêve : d’être heureuse. Je peux dire que je me suis débarassée des superstitions. Je n’aime pas être le point d’attention. J’ai un caractère changeant. Peut-être n’allez-vous plus me reconnaître après quelques jours.


15 ans


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sans titre (Les histoires de printemps)

Je n’aime pas le printemps, parce que les rues sont toujours trempées et le temps se change beaucoup. - Il y a une bonne odeur, m’a dit mon ami. - Tu te trompe chérie, c’est l’odeur des ordures. - Il fait beau au printemps, n’est ce pas Anouche? - Ce serait bien d’être amoureuse. - Ecoute, imagine que tu es amoureuse, tu marches et tu tombes dans la boue. - Si j’avais du temps, je me promènerais des heures et des heures. J’admirerais la beauté du printemps - dit Anouche. - Si elle continue, je vais me jeter dans la boue pour n’écouter plus sa romantisme. - Regarde, les arbres ont germés - dit Anouche. - J’essaie de trouver ce qui est beau, mais je ne vois rien. Je suis rentée chez moi, épuisée. En fait, je n’aime pas le printemps.


15 ans


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“Je ne suis pas une poupée, je suis un homme” (Une fois chez moi…)

- Je ne veux pas de poupée avec des joues rouges - a dit ma sœur en pleurant, quand elle m’a vu pour la première fois. J’était envelopée dans un maillot, comme une vraie poupée. Quand on a expliqué à ma sœur, que j’étais un homme, mais un petit homme, elle m’a beaucoup aimé. Ma grand-mère m’allongeait sur le tapis et moi, j’essayais de me tourner sur le ventre. Mais je n’y arrivais pas toujours et tout le monde riait. Quand j’ai un peu grandi, je ne pouvais pas bien articuler et tout le monde riait. Moi, je leur répondais: - Je vais aller au jardin d’enfants. Là-bas, je vais manger des bonbons et je ne vous en donnerai pas. Je pensais que c’était une grande punition pour eux et je me cachais dans un petit coin sombre. Quelques minutes après je revenais comme si je leur avais pardonné et le leur disais des devinettes. Une fois, énervée, je m’étais cachée dans la salle de bain et j’avais fermé la porte à clef. Pendant longtemps, je n’ai pas pu en sortir, parce que je n’arrivais pas à ouvrir la porte. Les efforts de ma mère et de ma sœur étaient vains, et comme mon père n’était pas à la maison, j’étais obligée d’ attendre jusqu’à ce qu’il revienne et qu’il ouvre la porte.


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“Combien coûte la victoire?” (La jeunesse et la paix)

Il est entré dans la cuisine, il a ouvert le réfrigérateur, le poêle, puis le buffet et ne trouvant rien il est sorti, désespéré. Il est allé à la salle de bain, il l’a cherché dans le lavabo mais en voyant qu’il n’y avait rien, il est allé vers la chambre. - Mon petit ours me manque. Il y a déjà plusieurs jours que je n’ai pas mangé de glace, que je n’ai pas fais de château de sable, que je n’ai pas fais de dessin dans la boue, que je n’ai pas fais rouler mon train, pourtant je sais , que les voyageurs m’attendent. Mais où est mon ours? Trouvez-le, je vous en prie et donnez-le moi! Il me manque – sanglotait le garçon en tapant des pieds sur le plancher. Soudain, la mère du garçon est entrée en apportant le petit ours moelleux de son fils. - Voilà, prends-le, il était sous le divan. Je pense que vous allez rire maintenant. C’est drôle n’est-ce pas? Mais alors, imaginez une femme qui regarde la photo de son fils. Ses larmes ne s’arrêtent pas. Comme cet enfant, elle a beau chercher partout, elle ne le trouve pas. Il est allé au front, il attend l’attaque de l’ennemi, le fusil à la main. Peut-être est-ce la dernière bataille pour lui. Mais pourquoi? Parce qu’un président convoite le pétrole ou le terrain fertile de quelqu’un. Et si le fils de la pauvre mère était déjà mort? S’il était tombé et on l’avait abandonné dans le champs de bataille les yeux fixés sur le ciel? - Mon Dieu! Je suis mort pour une goutte de pétrole mais ma mère paie par des millions de larmes chaudes. Pendant la guerre, chaque chose s’obtient au prix du sang. -Vous-êtes émus? J’en étais presque sur.


14 ans


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sans titre (Si j’étais le ministre de l’éducation)

- Nan, ça serait bien qu’à l’école on permette de mettre ce qu’on veut, n’est-ce pas? Parce que cela ne nous dérangerait pas comme le disent les professeurs, au contraire. Nous perdons beaucoup de temps au marché à chercher une chemise pour l’école. Et si nous mettons ce qui nous plaît ? Je crois que dans ce cas tout le monde se lasserait des vêtements coquets et on mettrait des vêtements qui nous plaisent et qui vont bien pour l’école. -Anouche, tu sais, moi aussi je voudrais beaucoup de choses, mais ce n’est pas nous qui décidons tout cela et rien ne sera comme nous voulons.


14 ans


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“Ce n’est pas possible sans professeur ?” (Ecole)

Je n’ai su que récemment qu’il est impossible d’entrer à l’Institut sans passer par un cours particulier chez un professeur. L’une de mes connaissances avait décidé d’entrer à l’Institut par ses propres moyens. On m’a expliqué qu’elle était très intelligente et qu’elle réussirait sans doute. Elle a travaillé, travaillé longtemps mais elle a eu des notes moyennes et elle n’est pas pu y entrer. C’est intéressant, non?


14 ans


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sans titre (Mon voisin)

On pouvait la voir sur le palier, retirer des conserves de l’armoire en fer cadenassée, en accompagner son fils à l’école ou en dire bonjour aux voisins du bâtiment. Elle était habillée simplement mais avec goût. Son visage était doux. Elle avait l’air fatigué, comme une femme soucieuse qui, après être rentrée chez elle du travail, devait mettre un tablier pour faire le ménage. A première vue, on pouvait la prendre pour une femme douce, simple et travailleuse. Mais j’entendais souvent, de l’autre côté du mur, les bruits effrayants des gifles. Presque tous les jours, à 8 heures du soir, sa voix résonnait :elle obligeait son enfant, d’un ton agressif à aller se coucher. Parfois, ce ton agressif faisait place aux reproches, mêlés aux injures de toute sorte, à faire vomir. Si on demande aux autres ce qu’ils pensent à cela, ils vont nous dire que c’est inhumain, que la mère ne peut pas être si violente. En ce qui me concerne, je préfère me taire. Et vous, pour conclure, accordez-moi une chose, c’est qu’il est très difficile de vivre avec de tels voisins.


15 ans


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“La malchanceuse” (Les récits)

C’était une femme laide. Seul son nez était beau. Elle se regardait dans le miroir et coiffait sa crinière qui couvrait à peine ses grandes oreilles. Elle pleurait toujours en se regardant : - Mes yeux sont petits, mes dents sont tordues et jaunes. J’aurai du être un garçon – se disait-elle. Elle avait la gorge serrée et les larmes aux yeux. Elle se consolait seulement avec son joli petit nez. Parfois, elle pleurait sans bruit. Les jours d’après, elle allait au travail avec des yeux gonflés. Mais, quand même, une femme forte. Ses collègues ne comprenaient pas pourquoi ses yeux étaient rouges et gonflés. Un jour, elle a eu un accident. Son nez s’est cassé. Trois semaines plus tard, quand on a enlevé le pansement, elle regardait sans cesse son nez dans le miroir. Elle n’avait plus aucune consolation.


15 ans


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