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Journal > Les auteurs |
Les récits de Nané Sahakyan
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“Le parc” (Notre rue)Je suis encore à la maison. Le téléphone a sonné. C’était mon amie. J’ai bavardé un peu avec elle, puis j’ai propose que nous nous rencontrions au parc. C’était le mois de Juin, mon mois préféré, c’est comme une merveille : quand les grandes vacances sont commencées et que personne n’est encore parti. Mes amis de classe ne me manquent pas au mois de Juin, parce que nous nous voyons au parc, c’est calme, on ne pense pas aux leçons. Ma sœur et mon frère sont déjà prêts. Mon père ne viendra pas avec nous cette fois-ci. Il a décidé de rester à la maison et d’écrire quelque chose, au calme. Ma mère a mis ses chaussures et nous sommes sortis de la maison. Tout le monde pensait que nous allions au parc. Mais moi, je n’allais pas au parc (ne dites à personne). Je vais à la rencontre des merveilles. Je me réjouis quand je vois que les hommes sont tous calmes et ils ne se dépêchent pas. Il fait un peu sombre dans le parc, les arbres sont grands, j’ai l’impression d’être dans une forêt, dans une forêt remplie d’hommes. On peut acheter du tournesol à cette grand-mère avec les cheveux blancs. Bien sûr, elle va insister pour que tous ceux qui achètent du tournesol se pèsent, et moi je vais me peser avec le pèse-personne que je connais. Et elle va répéter mon poids pour la 7e fois de la semaine, la 30e fois du mois, avec un ton doux et agréable. J’aimerais que tous les hommes du monde soient aussi gentils que cette grand-mère. Dans le parc tout le monde discute calmement de leurs difficultés et leurs soucis, parfois même, ils ne s’écoutent pas, ils parlent seulement. Peut-être qu’il n’y a que les arbres qui les écoutent, ou la Rivière, ou le vent. Ce n’est pas important. L’important c’est ce que tous sont paisibles, même très paisibles.
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“Méditation” (Pourquoi on ne me comprend pas?)J’étais plongée dans une méditation: “ Tu es vilaine car tu fais de la discrimination raciale: tu ne te lies pas d’amitié avec les noirs”, parce que les jeunes Noirs sont les hommes ennuyants, en règle générale. “Tu es cynique, tu ris, du bout des lèvres, sans raison”, parce que je comprends le sens de l’humour d’une autre façon. “Tu es frivole: tu pers ton temps devant le miroir en essayant tes habits de la dernière mode”, mais tu ne sais pas que c’est une manière de t’exprimer comme n’importe quelle branche de la culture. “Tu es une ogresse à venir car quand tu commences à caresser ta sœur et ton frère tu les dévores” les chiens me manquent c’est pourquoi en les caressant je dévore ma sœur et mon frère. Si j’avais un chien c’est lui que je dévorerais. “Tu t’occupes tout la journée de tes études, tu les mets au-dessus de tout”, vous vous trompez beaucoup, et même, vous n’avez pas le droit de vous exprimer ainsi. Donc taisez-toi vite! “Tu es trop romantique, si cela continue comme ça tu vas te détruire”, d’ailleurs cela ne regarde que moi. “Tu es une égoïste qui n’aime jamais être vaincue”, tout simplement vous ne me comprenez pas et vous m’offensez toujours, comme ci c’était votre principal objectif, comme ci vous vouliez que je pleure.
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sans titre (Un peu de moi)Ce que je n’aime pas c’est me décrire. Je ne sais pas à quoi je ressemble, parce que chacun me décrit différemment. Certains disent que je suis pleine d’énergie, d’autres disent que je suis molle. Parfois, on dit que je suis indifférente envers le monde, d’autres fois, le contraire. On dit que je suis paresseuse, puis je travaille dur, que je suis nerveuse ou encore que je suis tranquille. Je ne comprends pas. On m’a dit (par exemple, le prof d’anglais) que je suis bavarde, mais on m’a aussi dit que je suis réservée. Puis d’après d’autres, je suis bête, je ne comprends pas des choses simples, ou le contraire bien sûr. Je ne comprends pas du tout. En bref tout le monde a des avis différents. Si les opinions s’opposent, ça ne signifie pas que j’ai un caractère multiple. J’ai un fort caractère. J’en suis sûre.
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sans titre (Pour la première fois...)« Ma petite, allons a la cantine », m’a dit maman et elle m’a donné de l’argent. Je dois dire que la peur m’avait saisi, mais je me souviens encore que les billets de 50 sont roses. J’ai pleuré dès le premier jour, parce que le gardien n’a pas permis à maman d’entrer. L’année suivante ce gardien a été mis à la porte. Peut-être est-ce ma malédiction qui fait effet. Puis une femme s’est approchée de moi, m’a demandé mon nom et m’a accompagnée. Elle était gentille, c’est pourquoi elle a pas été mise à la porte l’année suivante. On m’a emmené dans un endroit où la femme-à-dentier expliquait quelque chose. La cloche de la première leçon a sonné. C’était la première fois que je l’entendait, et en général tout était nouveau pour moi. Je n’ai jamais vu tant de nouveautés. 50 écoliers, qui étaient-là eux aussi, pour la première fois, se parlaient pendant la récréation. Mais j’étais un peu à l’écart, le premier jour. Quand les leçons se sont terminées, une fille m’a pris la main et m’a proposé de descendre ensemble. C’était pour la première et la dernière fois. Je n’ai jamais imaginer tout ce qu’il allait passé sur cet escalier. Je n’ai aucune imagination. Je suis dans la cour de l’école qui m’est assez étrangère. Seulement la première fois bien sur. J’aime beaucoup ce jour-là, vraiment, je peux pas l’oublier. C’est un jour très spécial, mystérieux dans ma vie qui ne s’est jamais répété. Ce jour sera toujours unique.
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“Mes poupées en papier” (A ce moment j’ai compris que j’étais devenue grande)Quand mes amies me visitent, je leur montre en premier les dessin. C’est moi qui ai dessiné la plupart d’entre eux, et l’autre partie, je l’ai ramassé ça et là. - Le chapeau de cette poupée, je l’ai découpé dans ce livre. Tiens! Là, c’est Cendrillon et son amie - j’explique à mes amies. Ces héros de papier étaient mon monde depuis des années. Je jouais volontiers avec eux. Ma sœur et mon frère me demandait de les laisser jouer, mais je les faisais sortir de ma chambre et je fermais la porte. Je pensais que tout cela n’appartenait qu’à moi. C’était moi qui choisissais leurs noms. Quand je le décidais, ils dormaient. Ma sœur et mon frère les appelaient par d’autres noms et je n’aimais pas du tout cela. Un jour, en revenant à la maison, j’ai vu que mes dessins étaient par terre. Derrière les dessins, ils avaient écris les noms que eux leur donnaient. Je me suis sentie mal en voyant tout ça. Comme toujours, ma mère faisait tranquillement les corvées. Ma sœur et mon frère avaient tout mis en désordre. Ma mère n’a même pas fait d’observation ; pourtant, quelques mois auparavant, elle m’aurait défendue. Il y avait longtemps que je ne jouais plus avec mes poupées mais j’essayais de les garder encore une peu. Ma sœur et mon frère avaient tout dérangé. Ma mère leur avait permis de faire tout ça, et maintenant je n’ai plus que des souvenirs vagues sur ces poupées.
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“A ce moment, dans ce lieu” (A ce moment, en ce lieu)Tout d’un coup, il m’a semblé que tout était triste dans ma chambre parce que personne n’avait fait les lits, ma sœur avait dérangé l’armoire, elle avait mis par terre tous les vêtements, elle avait laissé les portes de l’armoire ouvertes. A son habitude, mon frère avait attaché toutes les ceintures de la maison ensemble et les avait laissé par terre. En effet, toute cette tristesse était liée au mauvais temps. Le désordre est devenu total parce que je me suis étendue sur mon lit avec nos petits ours moelleux. La pluie battante a commencé dehors. J’ai fermé les fenêtres. Ainsi, j’ai me suis senti bien dans ma chambre. Des dessins colorés étaient accrochés aux murs de ma chambre et sur la table il y avaient des objets colorés et agréables. J’ai pris un bonbon et j’ai commencé à le manger. Ah, que c’était bon ! Il contenait de la pistache, il était entouré de chocolat dont on sentait le goût d’orange et de la noix de coco. J’avais passé une mauvaise journée à l’école et c’était la cause de ma tristesse. Peu à peu, j’ai commencé à mettre en ordre ma chambre, j’avais déjà oublié tout ce qui avait eu lieu à l’école. J’étais de bonne humeur, bien qu’en dehors le temps ne s’améliorait pas. - Quel bonheur! Demain je mettrai ces habits. Il y a longtemps que je ne les ai pas mis - me disais-je en rangeant mes vêtements. - Je vais manger quelque chose puis je lirai ces livres. J’étais déjà pleine d’enthousiasme. J’étais seule dans la chambre mais je souriais, et même, de temps en temps, je riais. C’était très bien que je sois rentrée à la maison, et que je suis allée dans la chambre. Comme c’était bien à ce moment, dans ce lieu !
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“Une causerie cordiale” (La jeunesse et la paix)- Oh! mamie, comme tu as bien tricoté - j’admirais toujours les tissus anciens de ma grand-mère. - J’étais très petite, quand j’ai commencé à tricoter - racontait ma grand-mère - ma mère tricotait des bas et les envoyait au front. Et moi, je regardais et j’apprenais. - Mamie, vous alliez à l’école, n’est-ce pas? mais qu’est-ce que vous faisiez pendant les vacances? - Quand j’étais écolière, mon père et mon frère étaient soldats. - Qu’est-ce qu’on faisait pendant la guerre? - demandais-je bêtement. Et ma grand-mère souriait, génée. Mais ayant déjà oublié la guerre, je posais d’autres questions. - Et il y avait combien d’écoles dans votre village, il y avait combien de personnes dans chaque classe? Nous sommes 40 élèves dans la classe et 7 classes du même niveau - ai-je ajouté. - Dans notre village il y avait une école pour les enfants de huit ans. Dans la classe il n’y avait que 5-10 personnes. Peu d’enfants allaient à l’école. Tout le monde travaillait, gagnait de l’argent jusqu’à ce que leurs pères reviennent de la guerre. Ainsi beaucoup d’enfants ne sont pas allés à l’école. Ils ont rapidement grandi et ils sont devenus de vrais hommes… - Mamy, et o¬ù est-ce que vous vous reposiez pendant les vacances? - encore une question bête, ne comprenant pas ce qu’elle disait. - Se reposer? ne dit pas de bêtises. Alors, soit j’étais à la maison, soit ma mère m’envoyait à la montagne chez ma grand-mère. - Mamie, tu es même allée à la montagne ! Probablement y alliez-vous avec des amis, vous dressiez la tante, tu as eu des vacances intéressantes. - Non, je suis allée à la montagne chez ma grand-mère. Ma grand-mère emportait nos bétails à la montagne et elle les y gardait. Elle avait bon cœur, elle y emmenait les orphelins du village pour leurs donner à manger : du lait, du fromage. 5 ou 6 parsonnes dormaient sur même une couchette. Ma grand-mère a mis ses branchettes à côté, elle a soupiré profondément, ses pensées étaient ailleurs. - Mamy, pourquoi tu es triste? - me suis-je étonnée -je ne connais personne qui s’attriste en parlant de son enfance. Bon je m’en vais, nous devons aller aux marionnettes avec mes camarades de classe. - Vas, Nané - ma grand-mère est redevenue normale et souriait gaiement – vas-y, tu auras des choses amusantes à raconter à tes petits-fils. Vas-y tout de suite. Ma grand-mère est morte depuis longtemps. Maintenant il y a beaucoup de choses que j’ai compris.
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“Un peu de tout à l’école” (Ecole)Un, deux, trois et c’est déjà le cinquième. Des livres, ce sont des livres, de vrais livres. Regardez, qu’ils sont beaux! Vous dites qu’ils sont beaux, mais au moins, dites-nous en quoi ils sont intéressants. Non, je ne les ai pas encore lu, mais j’en suis sur. Ne vous moquez pas de moi, je n’invente rien, tout simplement j’ai lu la preface quand je les choisissais à la bibliothèque et que je les mettais sur ma table. Mais j’ai déjà lu la moitié de certains livres, et je n’ai pas eu le temps de lire la suite, parce que je suis écolière, en 9e. Bien que la 9e ne soit pas une classe très imporante, on y apprend tout de même des choses. On s’instruit et on apprend : “Un petit peu de tout”. Et tout ça se mélange et devient rien du tout. Que faire? Continuer les études à ma façon? Non on ne fait pas de chose pareille! Qui te demande ce que tu veux et ce que tu ne veux pas ? Tu dois apprendre ce qu’on te donne. Et avant de faire vraiment ce qui te plait, tu dois attendre quelques années. C’est déjà bien que dans notre maison il n’y ai pas de souris ; elles croqueraient les livres qui sont rangés sur ma table. Ces livres, je rêve de les lire quand j’aurai fini avec “un peu de tout à l’école”. Et même en 9e on ne nous dit pas: “Choisis ce que tu veux, apprends tes matières préférées, tu peux faire ce que tu aimes rapidement et, en plus, tu as du temps pour regarder de bons films à la télé”. J’aimerais bien arrêter ce “un peu de tout à l’école”.
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“Le sac aux trésors” (Ecole)La malchance nous poursuivait depuis le début, puisque nous n’avions pas pu trouver de paquet pour les cadeaux destinés à l’institutrice de mon frère cadet. Comme il n’y avait pas de paquet, mon frère devait les porter à la main. Nous avons mis les cadeaux dans un sac à dos, qui ressemblait à une valise et qui fermait à clef. Comme le sac était lourd, mon frère a commencé à se plaindre et il est sorti de la maison. Une demi-heure après, le téléphone a sonné : l’institutrice nous remerciait pour les cadeaux. Tout le monde était content, car nous pensions, que les cadeaux avaient plu à l’institutrice. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai commencé à raconter comment, il y a quelques années, une fille de notre classe avait apporté des lilas à notre professeur. - Il ne fallait pas faire une chose pareille! - avait dit le professeur. - Ça ne me gène pas, un vendeur de fleurs m’a dit que ces fleurs était fanées et qu’il pouvait me les vendre cent drams - avait répondu la fille. J’ai laissé cette histoire en suspens, car mon frère est rentré des cours. Et à la grande surprise de tout le monde, le sac était encore sur ses épaules. - Le sac est toujours sur ses épaules – ai-je dit d’un air étonné. - Et alors? Il ne devait pas laisser le sac là bas - a dit ma mère. - Non,non le sac est plein - ai je juste dit et je suis tombée. Plus tard, on a su que la serrure du sac s’était coincée et que mon frère n’avait pas pu l’ouvrir.
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